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Et le péché par omission ?

Le péché « par omission »… Voilà un péché bien obscur…

 

Le péché « par omission »… Voilà un péché bien obscur… En général, on pense qu’il est celui que l’on commet sans s’en rendre compte. En somme, je fais le mal, mais je ne le sais pas. D’autres pensent aussi que ce péché est celui que l’on a oublié de mentionner lors du sacrement de réconciliation.

En fait, il n’est rien de tout cela. Le péché par omission est bien plus subtil et bien plus délicat à reconnaître. Pour certains théologiens, il est central et c’est sans doute le plus grave des péchés. L’Apôtre Jacques le résumait en une seule phrase : « Être en mesure de faire le bien, et ne pas le faire » (Jc 4, 17). Pour le père Alain Thomasset, jésuite, professeur de théologie morale au Centre Sèvres, c’est : « Ne pas mettre en œuvre une obligation qui est la nôtre. » 

Un péché par inaction 

Ce péché ouvre donc un vaste champ de réflexion. Car il est quelque chose, contrairement aux autres fautes que nous avons l’habitude de confesser, que l’on n’a pas fait. Le péché par omission, c’est de ne rien faire, de ne pas avoir mis volontairement en œuvre une action, une parole, une attitude, tout simplement par paresse ou lâcheté. Mais c’est aussi, explique le père Philippe Marsset, curé de Notre-Dame de Clignancourt à Paris, « rester muet devant l’injustice ou quand on n’ose pas dire sa foi, ne pas prendre la parole pour éviter un conflit ». 

Le péché par omission, c’est donc « oublier » d’être bon et parfois aussi courageux. Dans l’Évangile du bon Samaritain, c’est le péché du prêtre et du Lévite, qui évitent soigneusement de porter secours au blessé, alors qu’ils savent que ce serait là leur devoir premier. C’est aussi le péché des neuf lépreux qui, contrairement à l’un d’eux, « oublient » de revenir remercier Jésus de les avoir guéris et sauvés.

Petits oublis pour graves conséquences

Ce genre d’omissions, n’en faisons-nous pas couramment ? On « oublie » de rendre grâce, de reconnaître un don de Dieu, mais aussi d’entretenir une amitié, au risque de la voir s’éteindre ; on « oublie » de parler à son conjoint, à ses enfants, alors qu’il y a urgence à rétablir le dialogue ; on « oublie » de prendre des nouvelles d’un proche malade, âgé, au risque encore de l’affadissement de la relation et de l’éloignement.

Bien sûr, ce sont là parfois des omissions légères. Mais certaines peuvent entraîner de graves conséquences : on laisse un proche sombrer dans la dépendance, dans la dépression, sans oser rien dire ou faire, ne serait-ce qu’avertir un médecin ou quelqu’un de plus efficace que soi-même.

Nous péchons aussi par omission quand nous n’osons pas dire à un proche qu’il agit mal et se détruit, alors que l’Évangile est très clair : « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il n’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain. » (Mt 18, 14-17)

C’est ainsi que le péché par paresse, qui consiste effectivement à laisser s’endormir la vie et les choses, est un péché qui, à long terme, est meurtrier. On laisse courir les événements, sachant très bien que nous aurions pu intervenir pour éviter une dispute ou ne pas laisser s’installer une situation de détresse.

Et ce manque de réaction peut être lourd de conséquences : « Ah, si j’avais su… Ah, j’aurais dû faire quelque chose… » Combien de fois n’avons-nous pas pensé cela avec, en fond d’écran, toutes nos bonnes excuses ? « J’étais malade et tu ne m’as pas visité, j’étais pauvre et tu ne m’as pas aidé, j’étais nu et tu ne m’as pas vêtu. » Jésus ne nous fait-il pas là une description parfaite du péché par omission ? Et ce dernier ne nous est-il pas présenté dans l’Évangile comme un péché grave, une rupture dans la relation à Dieu ?

Le péché par omission blesse profondément ceux qui nous entourent, donc il blesse aussi Dieu. 

L’obligation de discernement 

Mais comment faire alors pour éviter de « pécher par omission » ? Car il n’est pas question bien entendu d’intervenir à temps et à contretemps, dans toutes les occasions de la vie. Il faut parfois savoir se taire, faire preuve de délicatesse : « Cela demande discernement. Parfois, il faut être dans le respect, la discrétion. Mais je trouve que l’on utilise trop cet argument du respect pour ne rien dire. C’est trop facile. L’obligation d’intervenir peut nous incomber au nom de la charité », affirme Alain Thomasset, qui conseille de « façonner son être intérieur et tenir sa conscience éveillée, se former, entretenir le contact avec ses proches, s’informer ».

« Respectons toutes ces obligations, pour que notre vie morale soit active. Sinon, on est sur la pente glissante de la médiocrité et du laisser-aller. La première chose à faire, c’est entretenir cette vigilance intérieure. » Faut-il pour autant se sentir responsable de tout ? 

Éclairer sa conscience

Et peut-on tout résoudre ? Pas forcément. « Je ne peux sans doute pas faire grand-chose pour empêcher l’immigration, mais mon obligation de citoyen est de tout faire pour que les choses changent. Il y a le vote, les associations, les pétitions. Pour ne pas pécher par omission, il faut agir », explique Alain Thomasset.

Et, ajoute Philippe Marsset, on peut se poser la question : « Que ferait Jésus s’il était là ? Que nous dit l’Évangile dans telle situation ? Que me demande l’Église de vivre ? Il y a toujours des références pour sortir un peu de la subjectivité de notre conscience, de notre analyse et de notre culpabilité… C’est très important de reconnaître ce regard que Dieu nous donne pour affronter une autre vie. » Tout celademande un effort : prier, demander conseil. C’est ce que l’on appelle « éclairer sa conscience », qui est l’un des grands principes de la vie morale.

C’est ainsi que, comme tout péché, celui d’omission se révèle d’un coup, venant submerger notre bonne conscience et faisant voler en éclat nos bonnes excuses…

Sophie de Villeneuve ( Croire)